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Oser résister

C’était la période appelée années de plomb au Zaïre de Mobutu Sese Seko. Omnipotent, le tyran était au sommet de sa gloire. Adulé par tous ou presque, le peuple zaïrois lui vouait un véritable culte. Ayant le verbe haut, il électrisait son public. Un certain Sakombi Inongo était le grand-prêtre et orchestrateur de la messe nationale en faveur du tout-puissant et éternel Président-Fondateur. On chantait et on dansait en l’honneur du dieu vivant qui présidait à la destinée de tout un peuple. Le récipiendaire de toute cette mobilisation parvenait à faire croire à ce peuple ayant suspendu sa raison qu’il était le plus heureux et le plus grand de toute l’Afrique pour la simple et bonne qu’il chantait et dansait. L’argent coulait à flot, le faste et les périples intérieurs et extérieurs du Père de la nation se multipliaient. Le grand Tam-Tam d’Afrique, la Voix du Zaïre - dénommée par ses détracteurs « la Voix de Lingwala », puisqu’à certaines heures du jour et de la nuit, suivant l’endroit où l’on se trouvait, il était plus facile de capter une radio émettant à dix mille kilomètres de Kinshasa que de câbler le thomson kibola-bola (matériel pourri) érigé dans la belle commune de Lingwala – nous inondait d’images du grand Bâtisseur pour mieux assoupir nos consciences. Le dictateur dormait sur ses deux oreilles. En dehors de l’agitation périodique du milieu étudiant, tout allait très bien dans le meilleur des mondes. Les politiques, traumatisés par la pendaison d’Anani et ses compagnons, acte qui constitua le baptême lustral du régime Mobutu, se bousculaient dans les bras du Guide pour une hypothétique nomination ou se taisaient. Mobutu était un dieu vivant incontestable et très courtisé.

Le coup de tonnerre dans ce ciel bleu fut donné par un groupe de treize parlementaires conduit par un jeune député, Etienne Tshisekedi wa Mulumba. A la grande stupéfaction de tous, ces élus du peuple réclamaient entre autres l’instauration d’un Etat de droit respectant les libertés individuelles et le pluralisme politique dans un Zaïre tout acquis à l’inamovible Mobutu Sese Seko. Quel culot ! Tout sera fait pour les briser : emprisonnements, tortures physiques et psychiques, relégation dans leurs villages d’origine, diffamation publique, brutalités… Je me souviendrai toujours de ce jour où revenant de mes cours, des Zaïrois tirés à quatre épingles se faisaient rudoyer et couper leurs cravates par la soldatesque de Mobutu, à l’issue d’une entrevue qu’ils venaient d’avoir à l’hôtel Intercontinental avec des congressistes américains. Courageusement et inlassablement, Etienne Tshisekedi allait montrer aux Zaïrois qu’un peuple peureux ne peut se libérer de l’esclavage. Les privations ne viendront jamais à bout de la détermination de cet homme qui s’empressait à chacune de ses libérations de fustiger la dictature de Mobutu, alors qu’il savait pertinemment bien qu’il lui aurait suffi de se taire l’espace de quelques mois pour rentrer dans le grand tourniquet gouvernemental du prince. Rien n’y fît. Entêté jusqu’au bout des ongles et ayant fédéré autour de lui le peuple congolais dans sa grande majorité, il affaiblira considérablement le régime de Mobutu. La résistance pacifique et la lutte constante du peuple congolais dynamisé par ce grand Congolais contraindront les parrains extérieurs du régime d’exiger l’adoucissement des mœurs politiques de leur satrape et obligeront Mobutu au pluralisme politique.

La Conférence nationale souveraine consacrera Etienne Tshisekedi Premier ministre. Il étoffera un gouvernement équilibré et représentatif de toutes les composantes de notre peuple, clouant ainsi au pilori la crainte infondée de quelques Zaïrois qui agitaient la menace d’un « ras de marée des Baluba ». Je serai un vrai Premier ministre, clamait-il à ceux qui voulaient l’entendre. Autrement dit, il n’entendait pas devenir une énième marionnette d’un Mobutu épargné complaisamment ou sagement par les travaux de la CNS (l’actualité peut aujourd’hui nous dire si cette prudence fut sagesse ou grave erreur). Entre celui qui entendait agir comme un vrai Premier ministre et les réflexes de l’autocrate invétéré que représentait Mobutu, les frictions n’allaient pas tarder à faire surface. On ne passe pas de tyran à démocrate en l’espace d’une nuit. Intraitable, Tshisekedi préservera le trésor national contre la fâcheuse habitude du Guide qui s’en servait comme de sa propre poche. Mobutu, avec l’aide de ses partisans, multipliera les vexations et les obstacles pour bloquer la transition jusqu’à l’aggravation de sa maladie.

Pendant ce temps, les compagnons de la première heure de Tshisekedi cèderont tous à l’appel de celui-là même qui les a longtemps persécutés. Fatigué d’être dans l’opposition, Birindwa ira jusqu’à accepter de Mobutu le poste de Premier ministre de son compagnon de lutte mis en quarantaine par les sautes d’humeur du tyran. Cette obstruction permanente ne permettra pas au pays d’expérimenter les outils démocratiques dont il s’était doté à la CNS et ouvrira la porte au complot contre notre peuple. Américains, Ougandais et Rwandais trouvaient en la personne de Laurent-Désiré Kabila le cheval de Troie qui leur vendra le pays. Ici encore la résistance de Tshisekedi préviendra du danger encouru par notre peuple. Mais la classe politique de Kinshasa, véreuse et composée plus de personnes d’opportunité que d’hommes et de femmes de conviction, préféra soigner son ventre plutôt que d’entrer en résistance contre le tort qui guettait notre pays. Grâce à la mobilisation animée par Etienne Tshisekedi, puisqu’un peuple a souvent besoin de leadership qui traduise sa frustration et sa colère en action libératrice, le gros de l’occupation était bouté dehors. Mais d’autres tapis sous une fausse identité, gravitant au sommet de l’Etat, deviendront bientôt les maîtres du Congo. Malgré les protestations de Tshisekedi dénonçant la confiscation des pouvoirs par des mains étrangères, Laurent-Désiré Kabila, ivre de son nouveau pouvoir, ne voyait pas sa solitude à la tête du pays. Tshisekedi éloigné des affaires de l’Etat, était accusé d’avoir travaillé avec Mobutu. Quelle infamie pour celui qui est la personnification même de l’antimobutisme ! L. D. Kabila lui préférera Dominique Sakombi Inongo, le chantre du mobutisme reconverti en dénonciateur circonstanciel de son ancien patron. Comme plus tard, après l’assassinat de « M’zee », Hyppolite Kanambe alias Joseph Kabila Kabange le taxera d’être trop vieux et n’hésitera pas à collaborer avec Gisenga. Comme quoi, le lien de filiation entre Kanambe et Kabila passe par une outrancière mauvaise foi. Très sourcilleux, le régime actuel ne collabore avec aucun ancien mobutiste ! Cherchez bien et vous me croirez !

La répétition de l’histoire

Une partie de l’élite politique des années 1960, aveuglée et conduite par les Etats-Unis d’Amérique et le Royaume de Belgique, s’est associée à ces deux puissances pour assassiner Lumumba et cela nous a coûté 32 longues années de traversée du désert. Aujourd’hui, la classe politique congolaise égocentrique et manquant de patriotisme traite avec le mépris un de ses meilleurs fils et collabore au démembrement de notre pays, à la terreur commise sur nos populations et au grand pillage de nos ressources par des étrangers; nous n’en sommes qu’au début du commencement de notre chemin de Croix. Ceux qui fuyaient Etienne Tshisekedi comme de la pluie doivent comprendre qu’aujourd’hui, même sans le savoir, ils baignent à l’intérieur des eaux froides du fleuve. Les acteurs du régime précédent qui ont laissé le pays sans défense et livré à tous les vents, ainsi que ceux du régime actuel devront répondre un jour de leurs crimes devant le peuple congolais. Nous n’oublions rien. Nous n’oublions pas que le régime actuel a été baptisé dans le sang du peuple congolais au Bas-Congo sous l’égide d’un certain Kalume. Messieurs, d’ores et déjà préparez votre défense !

Ode à un combattant vertical

A vous Etienne Tshisekedi, pour vous avoir reçu chez moi en Suisse, pour avoir échangé plusieurs fois avec vous à distance et durant votre séjour helvétique, sachez que mon respect pour votre personne et votre action vous survivra. Peu importe ce que certains de mes compatriotes peuvent penser de vous, le peuple vous soutient. Seulement, sonné par ce qui lui arrive, il se demande comment agir, quelle action entreprendre pour sortir de ce piège qui s’est refermé sur lui sous l’argument fallacieux des élections tronquées ? Que faire pour que ce guet-apens ne dure pas comme la dictature de Mobutu ?

Des erreurs dans votre parcours politiques ? Seuls ceux qui ne travaillent pas sont exempts d’erreur. Ce que je retiens, pour ma part, c’est d’avoir accepté de lutter pour le bien de votre peuple, alors que vous avez eu les opportunités de travailler pour votre ventre. Je vous en sais gré, avant que le soir n’arrive.

 

Et lorsque viendra le jour où vous vous présenterez devant le trône du démiurge, les ancêtres qui nous ont précédés n’auront pas honte de vous. Vous êtes, dans la constellation politique actuelle du Congo, le seul homme de conviction que je connaisse, alors que les autres n’ont de cesse de se prostituer au gré des changements qui interviennent dans le pays. Mon seul regret restera ce sentiment d’un véritable gâchis que n’avoir pas pu mettre en œuvre le programme de réhabilitation du peuple congolais qui vous habite. Mais je sais deux choses : premièrement, que vous êtes bon pour le Congo, autrement vous auriez été parrainé par les faiseurs de rois. Car ces derniers aiment les médiocres et les nuls qui leur livrent le Congo et ses richesses. Nous leur tiendrons tête et ne permettrons pas indéfiniment cette colonisation permanente. Vous êtes bon pour les Congolais, autrement vous auriez été enrôlé par les régimes qui se succèdent à Kinshasa. Mais vous faire une place dans leurs rangs leur ferait de l’ombre, car ils sont sans envergure, et vous les empêcherez de puiser à pleines mains dans les caisses et étendre leur terreur sur le peuple congolais. Deuxièmement, vous avez éduqué le peuple en ce sens que par votre ténacité vous avez montré que même le régime le plus monstrueux ne peut vaincre un peuple décidé de prendre son destin en main. Votre résistance et votre abnégation constituent un exemple pour des générations. Qu’ils soient prévenus ceux qui, le jour de votre assomption, voudront vous rendre un hommage appuyé et hypocrite, alors que de votre vivant, soucieux de protéger leurs intérêts sordides, ils vous combattent avec des moyens malhonnêtes et privent ainsi notre peuple de votre expérience et de votre vision. Sinon comment un immense pays comme le nôtre peut-il se passer d’un Tshisekedi, alors qu’il est à reconstruire et aurait besoin de plusieurs Tshisekedi ? Au risque de nous provoquer, que nos panégyristes tardifs  se taisent à jamais ! Avec mon affection, longue vie au combattant vertical que vous êtes.

La lutte continue, la victoire est certaine.